Cela faisait des année que j'avais abandonné le nu. Personne n'en veut. Beaucoup sont touchés et les apprécient, mais très peu les achètent. Ou un nu est bon et alors il est dérangeant ou il n'est pas dérangeant, et alors il est esthétique et mental. Moi, je ne sait pas faire des nus esthétiques. Mes nus parlent de la liberté du corps. De la primauté du désir sur la morale. De la victoire d'Eros sur Thanatos. Les gens n'ont pas envie de montrer cette part secrète d'eux même qui leur fait peur. Accrocher un nu comme cela dans son salon, c'est prendre le risque de révéler aux autres sa part d'ombre. Reste la chambre à coucher. Mais là c'est la femme qui supporte mal cette réalité du féminin qu'elle n'ose pas être et qui fait fantasmer son compagnon. De plus, pour réussir un bon croquis, il faut une complicité avec le modèle. Il faut qu'il est envie de se donner entièrement au regard. Il n'est pas question d'impudeur. Ce qui est impudique c'est la dissimulation. C'est cela qui est vulgaire. Très peu de modèles ont cette générosité même passagèrement, de montrer leur corps. Il y a plusieurs façon d'être nu. La plupart des modèles, surtout les modèles professionnels, bien qu'entièrement nues, sont aussi habillés que les femmes couvertes de la bourca islamique. De leur corps, ils ne montrent que la chaire, pas l'âme. Pour cet instant magique ou la lumière, la vie et la volupté de la chaire ne font plus qu'un, que d'heures laborieuses et sans joie ! Aujourd'hui, le miracle c'est reproduit. Une jeune femme inconnue, rencontrée par hasard, accepte de poser pour moi. Le premier moment de gène passé, bien naturel quand on est pas professionnel, la séance a été formidable. J'ai retrouvé mon aisance et ma rapidité. Malheureusement, mon modèle part pour Londres demain. Quand vais je retrouver une complicité de cette qualité ?

